L’arrivée
Changement d’ambiance…
Dès la sortie de l’avion, une chaleur humide nous a transpercés et nous nous sommes retrouvés tout moites à remplir nos papiers officiels avant d’aller acquitter notre visa de séjour. C’était d’ailleurs la première fois qu’on signait un bordereau de carte bleu de plus d’un million! Heureusement pour nous, la somme était en roupies et 1€ correspond environ à 12000 roupies. Il ne faut pas s’y perdre dans les zéros mais au final, la vie ici n’est vraiment pas chère ! Les formalités accomplies, nous avons rejoint la sortie où de nombreux chauffeurs balinais attendaient les touristes fraichement débarqués munis de pancartes à leur nom. Un des écriteaux indiquait « Mrs Jocelyne ». Notre chauffeur s’appelait Wayan. On s’est aperçu par la suite (après avoir croisé notre troisième Wayan et notre deuxième Kadek) que de nombreux balinais, fille ou garçon, portaient le même prénom, celui-ci indiquant avant tout le numéro dans la fratrie. Ainsi Wayan est l’ainé, Kadek le second, le troisième s’appelant souvent Nyoman. Il y a quelques variantes car les parents ont le choix entre trois prénoms par rang mais on retrouve le plus souvent ces trois là! Peu de place pour l’originalité !
Wayan nous a donc conduit jusqu’à sa voiture, s’étonnant du nombre de bagages qu’on avait. On ne lui a pas dit que la grande majorité de leur contenu (matériel de camping, polaires et coupe-vent) nous serait totalement inutile ici et on l’a laissé bourrer nos sacs avec difficultés dans le coffre. Dès le démarrage, on a été surpris par le nombre de mobylettes qui circulaient dans tous les sens avec deux, voire trois personnes dessus (parfois quatre avec des enfants). En fait, il faut être soit taxi soit très riche pour posséder sa voiture (et encore, certains chauffeurs de taxi se partagent la même voiture). La plus part des gens se déplacent donc en petite pétrolette ce qui fait beaucoup de monde à deux roues et beaucoup de coup de klaxon !
Il était tard, ce samedi soir, et les jeunes allaient sans doute faire la fête à Kuta, une grande station balnéaire réputée pour ses boites de nuit et ses vagues qui attirent les surfeurs australiens. D’ailleurs, surfeurs ou pas, l’immense majorité des australiens qui vient à Bali se cantonnent à Kuta et ses environs. C’est pourquoi nous avons choisi de fuir les hordes de touristes (ratant peut-être aussi les jolies plages du sud mais bon, il faut bien faire des choix !) et d’aller directement à Ubud, petit village situé à une quarantaine de kilomètres de là, où nous avions réservé une chambre, à un prix modique, sur internet.
Nous sommes arrivés dans un grand parc calme, planté de cocotiers, frangipaniers et bougainvilliers fleuris et on nous a conduit jusqu’à un cottage à deux étages. Notre chambre était au rez-de-chaussée. Wayan a décadenassé les anneaux des deux étroits pans de porte en bois sculpté et on est entré dans une grande chambre décorée de tableaux balinais et meublée de lits à baldaquin entourés de moustiquaires. De larges baies vitrées laissaient apercevoir le salon en gros bambous de la terrasse juste devant un carré de rizière et pas très loin d’une grande piscine. Zen ! Il se faisait très tard et nous avions trois heures de décalage horaire à récupérer. Nous avons mis un peu la clim’ pour rafraichir l’air ambiant (normalement, on n’est pas pour mais à Bali, ça a son utilité !) et nous nous sommes écroulés de fatigue dans notre lit douillet.
Le matin, on nous a servi un petit déjeuner devant la piscine. Au menu, salade de fruits (ananas, papaye, banane), œufs brouillés et toasts, pudding de riz noir au lait de coco (bizarre mais pas mauvais). Le hic, c’est que les hôtels servent quasiment tous le même petit-déjeuner. Le premier jour, on a trouvé ça super mais au bout de quinze jours, on en avait un peu assez des sempiternelles tranches de banane, du pain mou, du beurre rance et de la gelée chimique qui était servie en guise de confiture. C’est vrai que côté nourriture, après six mois de voyage, on sera quand même contents de mordre dans un morceau de baguette et de pouvoir étaler de la bonne confiture de vrais fruits dessus (ça fait franchouillard mais j'assume!).
Ubud
Ubud est un village animé. Il y a d’abord le marché qui a lieu tous les jours en plein centre et où on se doit de marchander. Les balinais sont en général assez gentils et négocient avec le sourire, rien à voir avec certains vendeurs énervés et agressifs de la place djam el fna à Marrackech dont je gardais un très mauvais souvenir. Ici, c’est plus cool et même si après avoir acheté quelque chose, le stand d’à côté le propose moins cher, les prix sont de toutes façons super bas. « I give you good price!» En fait, le prix que l’on paye correspond surtout à ce qu’on est prêt à y mettre. On s’est donc tout de suite acheté des sarongs, longues pièces de tissus qu’on se noue à la taille en jupe, vêtement indispensable pour aller visiter les temples hindouistes, et de jolies tongs à paillettes qu’Iris n’a plus voulu quitter.
Ce qui est agaçant par contre, c’est les nombreux chauffeurs de taxi qui abordent les touristes tous les trois mètres. « Taxi ?», la première fois, on répond « no, thanks» avec le sourire ou « Tidak, Terima kasih » (variante balinaise); mais au vingtième « Taxi? » en cinq minutes, on hoche la tête sans même regarder l’auteur de la question. Et si par hasard on en cherchait un, il y a intérêt à bien négocier le prix de la course avant de monter dedans car les tarifs fluctuent du simple au triple.
En face du marché se trouve un café au joli nom de « Rendezvousdoux ». Comme on s’y attend, le patron, Thierry, est un français et s’est installé ici depuis un an, mais le véritable intérêt du lieu c’est que le café est également une librairie pour étrangers. On y trouve donc beaucoup de livres en français mais aussi en anglais, allemand, danois etc… On a donc sauté sur l’occasion pour revendre notre stock et s’en reconstituer un nouveau. C’était le bonheur pour toute la famille de se replonger dans de nouveaux livres (en français) et revenus à notre hôtel, on s’est ménagés de longs moments de lecture dévorant chacun notre histoire entre deux plouf dans la piscine pour se rafraîchir. On est devenus des habitués du café français qui constituait le lieu idéal (et climatisé) pour se reposer de l’agitation de la ville et siroter un lassi en feuilletant des guides de voyage. Petit coup d’œil au Routard qui est parfois mieux fait que le Lonely Planet !
Bien qu’Ubud ne soit pas immense, il y a pas mal de choses à faire. On a visité le Neka, un musée d’art balinais qui vaut autant pour sa collection que pour le lieu où elle s’expose. Un autre jour, on a voulu aller à pied, depuis notre hôtel, à
Ubud, c’est aussi une ville culturelle. On peut y voir de nombreux spectacles accompagnés par des orchestres de gamelans, sorte de métallophones au son aigu sur lequel les joueurs tapent en rythme avec de petits marteaux en fer. Sur ces percussions s’élève souvent une petite mélodie lancinante et légère à la flute. C’est assez joli et on se laisse bercer par la musique.
Ces orchestres peuvent jouer pour les théâtres d’ombres, grande toile blanche tendue, derrière laquelle tremblote la flamme d’une bougie. Des marionnettes en papier ciselé gesticulent en racontant des histoires de monstres maléfiques et de princes courageux aux pouvoirs magiques qui se bagarrent pour sauver leur royaume. Si je peux vous en dire autant, c’est qu’avant le début de la séance, la trame du récit est expliquée en anglais. Sinon, une heure de balinais non stop, ce serait un peu dur ! C’est sympa et l’ambiance créée par la lumière tamisée est un peu magique.
Autre spectacle, les danses balinaises. De jolies danseuses revêtent des robes aux couleurs vives ornées de dorures et se déhanchent au son des gamelans. En fait, tout est surtout dans le positionnement des mains et des yeux. Les doigts tendus s’entrechoquent tandis que le regard se déplace rapidement de droite à gauche. C’est parfois un peu statique mais ça a son charme. Toujours sur la jolie musique aigüe!
On a eu la chance d’être là juste pendant la cérémonie annuelle d’un temple d’Ubud. Il y a donc eu quatre jours de processions colorées dans les rues et de spectacles en tout genre : danses, marionnettes et même numéro comique (mais l’humour est difficile à saisir quand les blagues sont en balinais !). Pendant ces fêtes, les hommes étaient tout de blanc vêtu, chemise, sarong et bandeau noué sur la tête. Les femmes avaient de beaux sarongs dorés, une chemise de couleur en dentelle sur un bustier et portaient sur leur tête de hautes corbeilles remplies de fruits et de gâteaux qu’elles déposaient dans le temple comme offrande aux dieux. Les hindous se déplacent en masse pour venir vénérer leurs dieux et l’ambiance est très sympa.
Un jour, nous avons loué les services d’un chauffeur de taxi, Kadek, pour nous emmener au mont Batung, un volcan qui s’élève au dessus du lac du même nom, au nord de l’île. Nous avons fait une petite pause pour admirer les rizières en terrasse, et nous nous sommes arrêtés, sur la route, à un temple important pour les hindouistes, le Pura Tirta Empul, car des sources, auxquelles ils prêtent certains pouvoirs miraculeux, y jaillissent. C’est un peu un Lourdes balinais ! Comme dans tous les temples, on y trouve des pagodes à plusieurs toits, qu’ils appellent ici « Meru » décorées de sculptures. Les hindous déposent en priant sur des autels de petits bols en palme de cocotiers tressée contenants des pétales de fleurs, d’un petit gâteau et un bâton d’encens fumant qui parfume le lieu et le rend encore plus mystique. Dans ce temple, il y a également un bassin où femmes et hommes rentrent tout habillés pour se purifier.
Kadek nous a ensuite conduits jusqu’au mont Batung dont les pentes sont recouvertes par la lave visqueuse de la dernière éruption, en 1999. Malgré tout, les hommes replantent de petits carrés de rizières en bordure du lac. Ici, il y a peu de touristes, les habitants sont pauvres et les petits villages de paysans sont souvent délabrés. On a longé le lac jusqu’au bout de la route où se trouvait un autre joli petit temple adossé à la montagne. Au retour, nous avons visité « Goa Gajah », un autre temple réputé pour sa petite grotte. On y rentre par la bouche d’un démon sculpté. Bien qu’apparemment touristique, le site n’est pas terrible. Il descend à une petite rivière d’où on a rejoint, un peu guidé par un gamin du coin pour éviter de se perdre à nouveau dans la forêt, un autre endroit bien plus intéressant, le « Yeh Pulu », une grande paroi rocheuse sculptée de 25m qui représente des scènes de la vie quotidienne et qui fait face à de superbes rizières.
Après une semaine à Ubud, on a décidé de partir à la mer. On a donc négocié avec l’hôtel, qu’un de leur chauffeur nous dépose d’abord à Amed, petit village de l’est de l’île, vienne nous rechercher quelques jours après puis nous emmène à Permuteran, autre spot au nord et enfin nous ramène à Ubud pour le nouvel an. L’homme, un autre Wayan, est venu nous voir, officiellement, pour nous montrer ce qu’il avait d’intéressant à voir sur la route, en réalité pour tenter de renégocier le tarif fixé. On a bien senti qu’il était un peu faux mais ça nous arrangeait bien que tous nos trajets soient prévus à l’avance, on a donc laissé courir.
Amed
Le matin du départ, on est partis légers laissant la quasi-totalité de nos sacs à l’hôtel. Amed est un village de pêcheurs et un spot réputé pour le snorqueling et la plongée. La plage nous a un peu déçus au premier abord car elle était toute petite et pleine de galets volcaniques grisâtres. Par contre dès qu’on a mis nos masques et tubas, on a découvert, dans une eau presque trop chaude, un univers magique rempli de coraux de toutes les formes et de toutes les couleurs où des bancs de poissons aux couleurs vives allaient et venaient. C’était vraiment superbe, même plus varié qu’à Fidji. Même Iris a enfilé un masque et a pu observer avec nous les poissons-papillons, chirurgiens, clown, Moorish idol (comme dans Némo)…une vraie autoroute à poissons ! Marine et Jean-Charles en ont profité pour passer leur brevet de plongée et aller découvrir la beauté des profondeurs. Ils ont même plongé dans l’épave d’un bateau américain, le Liberty, coulé par les japonais lors de la seconde guerre mondiale. C’est une plongée réputée car le rafiot a été colonisé depuis par le corail et les anémones de mer.
Lorsque nous sommes arrivés à l’hôtel qu’on avait réservé, on est tombés sur une équipe nonchalante et pas très sympa. La cuisine était infestée de mouches et n’était pas très propre. Par contre, un chemin qui montait dans la colline sous les bougainvilliers, nous a conduits à un joli bungalow traditionnel aux murs faits de bambous tressés et au toit de paille de riz qui avait été romantiquement appelé « honeymoon room ». La terrasse offrait sur la baie un magnifique point de vue pour observer le va et vient des jukungs, de drôle de bateaux de pêche colorés équilibrés par deux balanciers en bambou. L’arrière de la maison s’ouvrait sur une espèce de jardin fleuri fermé par de hauts murs recouverts de galets noirs. C’était en fait la salle de bain ! Un tuyau d’où jaillissait de l’eau froide faisait office de douche et il y avait dans un coin des toilettes sommaires et un lavabo. Ce bungalow aurait été vraiment agréable si on ne s’était pas fait dévorer par les féroces moustiques malgré les grandes moustiquaires qui tombaient au dessus de nos lits et malgré le renfort des nombreux geckos qui attrapaient bruyamment les insectes. De plus, la chaleur était vraiment étouffante. Pourtant, le 25 décembre, à 6h du matin, un coup de tonnerre énorme nous a réveillés en sursaut et une forte pluie de mousson s’est abattue sur la montagne, rafraichissant un peu l’atmosphère. Il était 11h du soir en France, le réveillon de Noël battait son plein et on a eu une petite pensée émue pour vous en regardant tomber la pluie.
Nous, nous avions réveillonné dans un hôtel proche du notre, assis par terre sur des coussins devant la plage et ses jukungs. Il y avait un buffet de spécialités balinaises et pour l’occasion, un petit cochon de lait avait été grillé, empalé sur une grande broche. Les spécialités de l’île sont principalement le nasi goreng : riz frit et petits légumes et le mie goreng, même chose avec des nouilles. A la mer, il y a bien sûr les poissons grillés parfois assaisonnés d’une excellente sauce au gingembre. En général, c’est assez bon. Malgré tout, dix jours de cuisine balinaise avaient eu raison de nos estomacs occidentaux et on a tous fini par être un peu malade !
Le dernier matin à Amed, Jean-Charles et moi, nous sommes allés voir le lever du soleil depuis la mer. Nous avons embarqué sur un jukung avec un pêcheur. Le bateau est très étroit et on peut tout juste y tenir à trois. Certains déploient une petite voile triangulaire mais celui-ci avançait grâce à un moteur de mobylette monté sur un grand axe qui faisait tourner une minuscule hélice. Notre petit pêcheur n’a rien attrapé (ça ne pitait pas fort !) mais le spectacle de toutes les embarcations colorées devant le mont Agung, un volcan qui culmine à plus de
Permuteran
Notre chauffeur est revenu nous chercher comme prévu et nous a conduits vers le nord de l’île traversant de nombreux villages, bordés de bananiers et de cocotiers. Au bout de deux heures environ, nous avons rejoint la petite station balnéaire de Lovina, au nord de Bali. Il a alors proposé de nous amener dans un restaurant qui d’après lui était très bien. A peine arrivés, on a senti le piège à touristes. Chaque chauffeur dépose ses clients ici et reçoit une commission du restau en contrepartie. Un triste buffet qui ne donnait pas bien envie était proposé ; on a tourné les talons prétextant des maux de ventre, en partie vrais d’ailleurs, mais ça ne lui a pas plu du tout ! La société balinaise est corrompue à tous les niveaux. La police rackette les automobilistes ; dans les attractions touristiques, le vendeur de ticket est près à faire un petit prix s’il ne donne pas les tickets pour se mettre directement la somme dans la poche ; même dans les petits magasins, les caissiers gonflent les prix pour récupérer la différence. Vu le différentiel de niveau de vie, ça peut presque se comprendre même si c’est parfois un peu pénible !
Arrivés à Permuteran, on n’avait contacté des hôtels par internet pour connaître leurs tarifs mais on n’avait rien réservé, pensant qu’il y aurait de la place comme partout, c’était une erreur ! Premier hôtel, le chauffeur nous avait suivi à l’accueil et parlait en balinais de telle sorte qu’on ne comprenne pas ce qu’il dise. Il n’y avait plus de chambre familiale mais on nous a présenté des tarifs bien supérieurs à ce qui était indiqué dans notre guide. Dans le deuxième hôtel, même scénario, ils nous ont sortis des tarifs prohibitifs qui étaient deux fois plus élevés que ceux qu’on nous avait indiqués par mail. Etonnant ! On lui a alors demandé de nous emmener dans un centre de plongée qui proposait quelques chambres pas trop chères. Le chauffeur n’était pas très content car il ne connaissait pas l’adresse et ne pouvait donc pas négocier de comm’. Heureusement pour nous, il restait une chambre de disponible. Petite mais proprette avec la clim’, c’était le rêve ! La salle de bain extérieur était super design toute en pierre de lave poncée, très classe…On voudrait la même sans les geckos. Notre chauffeur, qui n’avait pas pu se faire de bénéfices sur notre dos, nous a réclamé plus que conclu initialement prétextant que la journée n’avait pas été rentable pour lui. On a donc du parlementer sèchement et il est parti avec la somme prévue.
Permuteran n’était pas vraiment un village. C’était plutôt une suite de resort de luxe le long de la plage. Malheureusement, le jour où nous sommes arrivés, celle-ci était jonchée de détritus ramenés par la mer. Les coraux étaient moins beaux qu’à Amed et l’eau était tellement chaude qu’elle en était trouble, un peu comme les nuages de chaleur qui ondulent sur les routes goudronnées. Pour finir, Iris s’est retrouvée pleine de boutons sur le menton et le cou, à cause, parait-il, de petits planctons urticants qui flottaient à la surface de l’eau. Le chauffeur filou, la plage dégoutante, les boutons, le fait d’être scotché là pour quelques jours sans moyen de transport, ça faisait beaucoup pour une seule journée ! La fin du voyage se faisait sentir et notre séjour à Bali était un peu trop long ! Petit coup de blues…
L’endroit n’était pourtant pas si désagréable. Le centre de plongée où nous logions s’occupait également de la sauvegarde des tortues de mer. De petites tortues nageaient dans un bassin avant d’être relâchées dans l’océan et les filles étaient toutes contentes de les regarder. Derrière la chambre, se trouvaient des écuries et nous avons pu faire un tour à cheval dans les environs, un peu dans les montagnes pour moi et le long de la plage, sur de petits chevaux, pour Lucille et Iris, qui se tenaient fièrement dessus. Marine et Jean-Charles sont bien sûr retournés plonger pour voir de nouveaux coraux.
Le centre ne faisant pas restaurant, nous avons pris l’habitude d’aller manger des spécialités grecques (ça changeait un peu !) dans l’hôtel d’à côté et de profiter par la même occasion de leur grande et belle piscine (évitant ainsi la plage et ses désagréments). C’est là qu’on a décidé d’enlever les brassards d’Iris pour voir si elle arriverait à flotter. Dix minutes plus tard, elle nageait toute seule. Elle était tellement contente et fière qu’elle a passé son après-midi à nager et à sauter en mettant la tête dans l’eau, chose inimaginable quelques mois auparavant !
Retour à Ubud et hôpital de Denpasar
Le retour sur Ubud s’est bien passé malgré la pluie qui s’était mise à tomber sur les montagnes au dessus de Munduk. Munduk est un petit village entouré de rizières en terrasses, de bananiers, de cocotiers et de plantations de caféiers. Les graines de café poussent en grappes sur des arbustes. Quand elles sont mures, elles deviennent rouge vif. Elles sont alors ramassées, grillées et moulues avant de pouvoir être transformées en un bon expresso fumant !
Nous avons ensuite longé deux lacs de montagne et avons fait une petite pause à un joli temple hindouiste et bouddhiste à la fois, le Pura Ulun Danu Bratan, où une haute pagode (Meru) se reflétait dans l’eau du lac. L’arrêt a cependant été bref car il ne faisait vraiment pas beau et moins d’une heure après, nous retrouvions notre joli Melati cottage d’Ubud.
Je n’étais pas très en forme mais 31 décembre oblige, nous sommes repartis voir ce qui se passait au centre. A vrai dire pas grand-chose ! Les hindous n’ont pas le même calendrier, notre 31 décembre ne correspond donc pas à la fin de leur année. Ils vendent quand même des pétards et des langues de belle-mère mais c’est à peu près tout. Nous avons été faire un tour au « Rendezvousdoux » pour changer nos livres et nous avons trinqué à la nouvelle année avec Thierry, le patron. C’est là que tout s’est compliqué ! J’ai commencé à être vraiment malade pendant que les filles et Jean-Charles savouraient un canard fumé mais j’ai mis ça sur le compte du verre de punch. Nous étions au « Arie’s Warung », restaurant d’Arie, petit boui boui cité dans tous les grands guides où le patron est un drôle de bonhomme haut en couleurs. La première fois qu’on y avait mangé, il nous avait montré avec fierté l’annotation que Bixente Lizzarazu avait laissé dans un parfait anglais sur son petit livre d’or ! Cette fois-ci, il a pris pitié de moi et a glissé à Jean-Charles des comprimés contre les maux de ventre. La nuit ne m’a pas apportée de repos et le matin suivant, il semblait bien que ça n’était pas une simple gastro et on s’est finalement décidé à appeler un médecin. Il est arrivé au rythme balinais et il a conclut que ça ressemblait fort à une crise d’appendicite. Pas de chance pour la veille de notre départ !
Le 1er janvier 2007, je rejoignais donc en ambulance l’hôpital de Denpasar pour me faire opérer de l’appendicite en urgence. L’hôpital était moderne mais j’ai un peu pris peur, malgré tout, quand je me suis aperçue que la jeune anesthésiste que j’avais devant moi ne parlait pas anglais et n’arrivait pas à comprendre les allergies que je pouvais avoir. J’ai donc demandé à téléphoner à notre organisme d’assurance (IMA : Inter Mutuelle Assistance) dans l’espoir de pouvoir être évacuée sur Singapour mais le médecin français que j’ai eu a été formel, ce genre de chose n’attendait pas. Je me suis donc résignée et j’ai rejoint la salle des urgences où les lits étaient séparés les uns des autres par des sortes de rideaux de douche vert pâle. L’équipe soignante qui s’est relayée à mon chevet était très gentille. Le seul problème, c’est qu’il n’y en avait pas un qui parlait mieux anglais que les autres et la communication était dure. Ils m’ont fait signer tout un tas de papiers car chaque fois qu’ils injectent quelque chose il faut signer un bordereau pour certifier qu’ils l’ont bien injecté, norme iso oblige ! Au final, j’ai été opéré vers 8h du soir et j’ai eu droit à un réveil spécial qui consiste à pincer le patient jusqu’à ce qu’il réagisse. J’ai bien senti sans pouvoir ouvrir les paupières et j’ai du articuler quelque chose d’incompréhensible ! Quand, un moment après, j’ai ouvert les yeux pour de bon, en salle de réveil, l’infirmière s’est empressée de me montrer un petit flacon qui contenait le bout d’intestin qu’on m’avait enlevé. Elle se demandait si mon mari voudrait le voir. « Euhhh, no, thanks » Il faudra qu’on me dise si, en France, les opérés de l’appendicite ont le privilège de voir leurs entrailles !
Le lendemain, j’avais l’impression d’avoir retrouvé la forme, petite forme mais mieux que la veille, c’est sûr ! C’était sans doute aussi grâce au « painkiller », ce « tueur de douleur » qui s’écoulait lentement dans mon goutte à goutte. « painkiller » c’est un des rares mots que les infirmières comprennent. C’est simple : « pain » entraîne « painkiller ». « no pain, ok ? », « you holiday in Bali, hospital ohhhhh !!! » Nos conversations étaient limitées mais toujours avec le sourire!
Après trois jours à jeun, ils m’ont proposé une « cream soup », le soir « cream soup » à nouveau et le matin suivant au petit-déjeuner «cream soup » avec le sourire. Là, j’ai quand même demandé si je pourrais avoir du thé avec un bout de pain. « I ask the doctor » et du coup, j’ai eu du thé toute la journée et des toasts mous à la confiture à midi ! «Ok, thank you ! » Bon, je me moque un peu mais ils étaient quand même adorables, c’est déjà ça!
Jean-Charles et les filles se sont un peu rapprochés de l’hôpital pour faciliter les visites et se sont installés tout près de Denpasar, à Seminyak, une station balnéaire pleine de restau et de boites de nuit. Entre deux plongeons dans la piscine, ils sont venus me voir et nous avons essayé de savoir ce qu’on avait préféré tout au long du voyage oubliant cette fin de parcours un peu longuette. Tout ce qu’on avait fait, vu, découvert, appris, mangé, entendu pendant ce tour du monde y est passé. Difficile de choisir en fait !
The End
A la sortie de l’hôpital, j’ai eu l’impression de passer d’un calme cocon climatisé à un centre ville chaud, moite et bruyant avec ses embouteillages de mobylettes et de voitures. Nous avons vite rejoint Seminyak et le lendemain, avant de partir pour l’aéroport, nous avons pris un dernier petit-dej’ balinais assis devant une grande plage ventée où s’écrasaient de lourds rouleaux. Nous avons été rapatriés par les bons soins de l’IMA ce qui nous a permis d’apprécier le luxe de
Six mois ensemble, c’est parfois un peu lourd mais c’est vraiment une expérience super enrichissante pour tout le monde. Jean-Charles nous a donné le dynamisme pour le faire tandis que je gérais l’organisation pratique et les filles ont suivi avec bonne humeur nos changements fréquents d’itinéraires et ont su s’adapter aux lieux toujours différents. Les paysages, les animaux, les plantes exotiques nous ont charmés mais ce sont aussi les gens que nous avons rencontrés sur notre parcours qui ont rendu ce voyage fantastique et on les en remercie. On remercie aussi tous les gens qui nous ont suivi régulièrement en lisant ce blog et ceux qui nous ont fait des petits coucous réguliers car c’est toujours sympa de savoir qu’on ne vous oublie pas même à l’autre bout du monde.
La rentrée des classes des filles sera peut-être un peu rapide mais elles se remettront vite dans le bain des copines et des copains. On reprendra nos petites habitudes mais on gardera toujours dans un coin de notre esprit cette jolie parenthèse familiale…
Et puis, c’est sûr, on repartira ! Moins longtemps peut-être mais on s’envolera encore vers de nouveaux horizons car il y a tant de choses à voir…
